Visiter les Saintes en une journée : Itinéraire, tarifs du bateau et secrets de Terre-de-Haut
Thomas
Passionné(e) par les Caraïbes
L’archipel des Saintes n’est pas seulement une destination touristique ; c’est un conservatoire à ciel ouvert de l’histoire maritime des Antilles. Son nom même, “Los Santos”, lui fut donné par Christophe Colomb qui découvrit les îles le jour de la Toussaint 1493. Mais bien avant l’arrivée des Européens, les îles étaient fréquentées par les Indiens Caraïbes qui les appelaient “Caaroucaëra”. Ils n’y vivaient pas en permanence à cause du manque d’eau, mais venaient y pêcher et y chasser les oiseaux marins.
Aujourd’hui, l’archipel se compose de deux îles habitées, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas, et de sept îlets inhabités (Grand-Ilet, le Pâté, les Augustins, l’Ilet à Cabrit, la Coche, la Redonde et le Rocher du Quai). Chacun de ces îlets a sa propre personnalité géologique et biologique, mais c’est Terre-de-Haut qui attire la majorité des visiteurs.
Visiter les Saintes en une journée est le défi que se lancent la plupart des voyageurs. C’est court, très court, pour s’imprégner de l’âme de Terre-de-Haut, mais avec une organisation millimétrée, c’est une expérience qui restera gravée comme l’un des sommets de votre voyage en Guadeloupe. En tant qu’expert de la destination, je vous livre ici le guide ultime pour optimiser votre escapade saintoise.
Pourquoi l’archipel des Saintes est-il unique ?
Ce qui frappe le voyageur dès son arrivée, c’est l’absence de mélange ethnique par rapport à la Guadeloupe continentale. Les Saintois sont en grande majorité des descendants de colons venus de l’Ouest de la France (Bretagne, Normandie, Poitou) dès le XVIIe siècle. Ce sont des familles de marins qui ont su s’adapter à un environnement aride. Le relief escarpé et le manque d’eau douce ne permettaient pas l’établissement de grandes plantations de canne à sucre ou de café. L’esclavage y fut donc beaucoup moins présent qu’ailleurs dans les Antilles, ce qui explique cette physionomie particulière et une culture très tournée vers la mer plutôt que vers la terre.
L’histoire des Saintes est indissociable des rivalités navales. La position stratégique de l’archipel, offrant l’une des rades les plus sûres des Caraïbes, en a fait un enjeu majeur entre la France et l’Angleterre. La célèbre Bataille des Saintes de 1782, où l’amiral britannique Rodney défit la flotte du comte de Grasse, marqua un tournant dans l’histoire coloniale, assurant la suprématie navale britannique dans la région pour les décennies à venir.
Le Salako : Un symbole d’élégance et d’ingéniosité
Si vous observez bien les habitants, vous verrez peut-être encore des hommes et des femmes porter le “Salako”. Ce chapeau traditionnel est l’emblème des Saintes. Il ressemble à un casque colonial mais sa structure est unique. Fabriqué à partir de fibres de bambou finement tressées et recouvert d’un tissu blanc (souvent de la soie ou du coton), il possède un fond plat et des bords larges.
- Son origine : On dit qu’il s’inspire du chapeau des marins indochinois que des militaires français auraient ramené au XIXe siècle.
- Sa fonction : Il est parfaitement adapté à la pêche, offrant une protection solaire maximale tout en laissant l’air circuler. C’est aujourd’hui une pièce d’artisanat rare et précieuse, principalement fabriquée à Terre-de-Bas.
1. La Logistique : Comment se rendre aux Saintes ?
Le passage obligé, c’est le bateau. Plusieurs options s’offrent à vous selon votre lieu de résidence en Guadeloupe “continentale”.
Depuis Trois-Rivières (Le trajet le plus court)
C’est l’option la plus populaire et la plus économique. La traversée dure environ 15 à 20 minutes.
- Compagnies : CTM Deher (une institution locale), Val’Ferry.
- Tarifs : Environ 25€ à 28€ l’aller-retour pour un adulte.
- Le conseil d’expert : Le parking à l’embarcadère de Trois-Rivières peut être un véritable défi, surtout en période de vacances scolaires. Des “placeurs” vous guideront vers des parkings privés. N’hésitez pas à les utiliser, car le stationnement dans les rues du bourg est quasi impossible et la fourrière est active.
Depuis Pointe-à-Pitre (Le plus pratique si vous n’avez pas de voiture)
Si vous logez au Gosier, à Saint-Claude ou à Pointe-à-Pitre sans véhicule de location, c’est l’option la plus simple.
- Compagnie : Express des Îles.
- Tarifs : Environ 45€ l’aller-retour.
- Le conseil d’expert : La mer peut être agitée (“hachée” comme disent les marins) dans le canal des Saintes. Si vous êtes sujet au mal de mer, asseyez-vous à l’arrière du bateau, au niveau de la ligne de flottaison, et regardez l’horizon. Évitez l’étage supérieur qui amplifie les mouvements de roulis.
Depuis Saint-François ou Sainte-Anne
Idéal pour les résidents de la “Riviera” guadeloupéenne.
- Compagnie : Comatrile.
- Tarifs : Environ 40-45€.
- Le conseil d’expert : C’est une traversée longue (1h30 environ) qui offre des vues magnifiques sur la côte de la Grande-Terre, mais qui dépend énormément de l’état de la mer. Vérifiez la météo marine la veille.
2. Se déplacer sur Terre-de-Haut : Choisissez votre monture
Dès que vous poserez le pied sur le quai, vous comprendrez que les Saintes vivent à un autre rythme. Ici, les voitures sont réservées aux professionnels et aux services publics.
- La voiturette électrique : C’est devenu le moyen de transport n°1. C’est l’option “confort”.
- Avantages : Idéal pour les familles, permet de transporter glacières et sacs de plongée.
- Inconvénients : Les routes sont étroites et le stationnement dans le bourg peut être compliqué à midi.
- Prix : 80€ à 100€ la journée. Réservez au moins 2 semaines à l’avance pour la haute saison !
- Le scooter : Le choix de la liberté.
- Avantages : Facile à garer partout, permet de se faufiler.
- Inconvénients : Attention aux routes glissantes en cas de pluie soudaine (fréquent aux tropiques).
- Prix : 30€ à 35€ la journée.
- Le vélo (Classique ou Électrique) : Pour les sportifs.
- Attention : Les Saintes sont tout sauf plates ! La montée vers le Fort Napoléon ou le passage du col pour aller à Pompierre mettront vos mollets à rude épreuve si vous n’avez pas d’assistance électrique.
- À pied : Une option tout à fait valable pour ceux qui veulent prendre le temps.
- Itinéraire conseillé : Bourg -> Fort Napoléon -> Anse Mire -> Bourg. C’est une boucle faisable en 3-4 heures de marche tranquille.
3. L’itinéraire idéal : 8 heures pour capturer l’essence des Saintes
09h00 : L’arrivée triomphale
Le bateau entre dans la baie. Sortez vos appareils photo, c’est l’un des plus beaux panoramas du monde. Une fois à terre, récupérez votre moyen de transport.
09h45 : Le Fort Napoléon, l’histoire sur les hauteurs
Ne tardez pas, car le Fort ferme à 12h30. Construit sur les ruines du Fort Louis (détruit par les Anglais), il n’a jamais servi à la guerre. Il a servi de prison pendant la Seconde Guerre mondiale.
- À voir : Le musée de l’histoire et des traditions populaires. Les maquettes de bateaux sont réalisées avec une précision incroyable par des artisans locaux.
- Le Jardin : C’est un jardin de succulentes et de cactus où les iguanes se prélassent. Ils sont inoffensifs mais impressionnants par leur taille.
- Secret d’expert : Au bout du chemin de ronde, vous avez une vue plongeante sur l’Ilet à Cabrit. C’est le spot idéal pour comprendre la géographie de l’archipel.
11h15 : La Plage de Pompierre, entre palmiers et chèvres
Traversez l’île vers le côté “venté” (l’Est). La baie de Pompierre est protégée par une barrière naturelle, ce qui en fait un lagon calme.
- Le décor : Une immense cocoteraie qui offre une ombre bienvenue.
- La faune : Les chèvres sont ici chez elles. Elles sont très intelligentes et savent ouvrir les sacs à dos mal fermés. Ne leur donnez pas à manger, c’est mauvais pour leur santé et cela les rend agressives.
- Maillage : Pour comparer avec les autres joyaux de l’archipel, jetez un œil à notre top des plages de Guadeloupe.
12h30 : La pause gastronomique
Le bourg regorge de petites adresses.
- À tester : La fricassée de Chatrou (poulpe) ou le poisson grillé du jour.
- Maillage : La cuisine des Saintes a ses propres secrets que nous détaillons dans notre guide de la gastronomie créole.
14h30 : Le Pain de Sucre, l’aquarium naturel
Prenez la direction du Sud-Ouest. Garez-vous au parking indiqué et marchez 10 minutes sur le sentier pierreux. Vous arrivez dans une petite crique dominée par un piton volcanique de 53 mètres de haut.
- Snorkeling : Les fonds sont incroyables. En longeant les rochers à droite, vous verrez des poissons-chirurgiens, des poissons-perroquets et parfois des petites raies.
- Secret d’expert : Allez-y après 14h, quand le soleil est plus bas, les couleurs du lagon sont encore plus éclatantes.
16h15 : Le rituel du Tourment d’Amour
Avant de repartir, retournez vers le débarcadère. C’est l’heure où les marchandes proposent les derniers tourments d’amour.
- La petite histoire : On raconte que les femmes de pêcheurs préparaient ces tartelettes pour leurs maris qui rentraient de mer, épuisés. Elles y mettaient tout leur amour et leur patience.
- Conseil : Vérifiez qu’ils soient bien artisanaux. Les meilleurs sont vendus directement dans les paniers recouverts de tissus vichy rouge.
4. Secrets et coins cachés : Pour les explorateurs
Si vous avez déjà vu les classiques, voici comment vivre les Saintes comme un local :
- L’Anse Figuier : Située tout au sud, c’est une plage sauvage avec une vue imprenable sur les îlets de la Coche et de la Grande Anse (Terre-de-Bas). C’est calme, authentique, loin du bruit des voiturettes.
- Le Morne Morel : Pour une vue à 360 degrés sans la foule du Fort Napoléon. La randonnée est un peu raide mais la récompense est immense. On y trouve des vestiges de batteries militaires oubliées.
- Le Marigot : Un quartier plus résidentiel au Nord du bourg. C’est ici que l’on ressent le mieux la vie quotidienne des Saintois, loin de l’agitation touristique du quai.
5. Terre-de-Bas : L’île oubliée du temps
Si Terre-de-Haut est la coquette, Terre-de-Bas est la discrète. Si vous avez une deuxième journée, prenez la navette locale (10 min).
- L’ambiance : Ici, le temps s’est vraiment arrêté. Pas de voiturettes de tourisme.
- À faire : La randonnée des Falaises. C’est l’une des plus belles de l’archipel.
- La plage de Grande-Anse : À ne pas confondre avec celle de Deshaies. C’est une longue plage de sable gris, très paisible, bordée de restaurants familiaux où l’on sert la meilleure cuisine traditionnelle.
Conseils d’expert pour une journée sans stress
- Hydratation : Le soleil des Saintes est particulièrement traître à cause du vent permanent (les Alizés). Buvez de l’eau même si vous n’avez pas soif.
- Le respect des habitants : Vous êtes dans un village, pas dans un parc d’attraction. Un “Bonjour” avant de demander votre chemin ouvre toutes les portes. Évitez de vous promener en maillot de bain dans les rues du bourg, prévoyez un paréo ou un t-shirt.
- Le budget : Tout est importé par bateau, les prix sont donc 15 à 20% plus élevés qu’en Guadeloupe continentale.
- Les oursins : Soyez prudent si vous marchez sur les rochers lors de vos séances de snorkeling. Les oursins noirs sont très présents et leurs piqures sont douloureuses.
Conclusion
Une journée aux Saintes est une expérience intense, une parenthèse de beauté pure. On en repart souvent fatigué mais avec des images plein la tête. On comprend pourquoi tant de voyageurs décident, après une première journée, de revenir pour un séjour plus long. Car c’est quand le dernier bateau de touristes quitte le port à 17h que Terre-de-Haut révèle son visage le plus authentique, celui d’une île de marins fière et indomptable.
Alors, laissez-vous porter par la magie des Saintes. Que ce soit pour l’histoire, la nature ou simplement pour le plaisir de déguster un tourment d’amour face à la mer, vous ne regretterez pas le voyage.
Fiche Pratique : Mémo de l’expert
- Horaires bateaux : Généralement 8h-9h pour l’aller, 15h45-17h pour le retour.
- Indispensables : Protection solaire, masque/tuba, chaussures de marche légères, espèces (certains petits commerces ne prennent pas la carte).
- Le plus beau point de vue : Les remparts du Fort Napoléon.
- Le meilleur souvenir : Un Salako miniature ou une bouteille de rhum arrangé local.